Dès les premières années de vie, certaines expériences façonnent en profondeur la manière dont on se tient dans le monde. L’Aïkido, au-delà de la « simple » activité physique, l’art martial offre aux enfants et adolescents l’opportunité de bouger, de s’affirmer et de cultiver un état d’esprit qui restera utile à long terme.
Un état d’esprit à cultiver toute sa vie
Le titre de cet article parle de grandir et de bouger… mais au-delà de ses bénéfices purement corporels, l’Aïkido permet aussi et surtout d’ancrer un état d’esprit favorable pour aborder la vie en général :
- être capable de s’adapter à des circonstances changeantes
- utiliser ses émotions (même désagréables) pour se mettre en action
- ne pas se laisser paralyser par la peur
- savoir se relever d’une difficulté et utiliser l’énergie de la chute pour progresser
Ces enseignements sont d’autant plus ancrés que :
– d’une part, ils ont été acquis depuis un jeune âge,
– et d’autre part, ils ont été appris avec le corps plutôt qu’avec le mental.
Par ailleurs, l’Aïkido tel que nous le pratiquons dans la Vallée de Munster requiert une certaine envie de s’engager physiquement (il s’agit d’une pratique dynamique).
Il permet donc d’ancrer un certain nombre de « bonnes habitudes » qui éviteront aussi un jour d’attacher une attention surdimensionnée aux écrans, plateformes de streaming, de gaming et autres applications pourvoyeuses de notifications sans fin.
- À ce propos, vous pouvez aussi lire l’article : « Sortir des écrans, entrer dans le mouvement. »
L’Aïkido permet notamment d’ancrer le mouvement comme moyen de gestion des émotions. On apprend à les laisser circuler de manière saine, sans les réprimer ni les déverser sur les autres.
Prendre (et garder) l’habitude de bouger
L’une des grandes menaces pour la santé des humains de notre époque et région du monde, c’est la sédentarité. Sadek Khettab sensei, enseignant 6e dan de l’école Birankaï et intervenant en sport santé au sein de l’Eurométropole de Strasbourg, en parle au micro de Corps et Esprit Martial (de 22 à 28 minutes dans ce podcast dédié à l’Aïkido en lien avec le Sport Santé)
Sadek Khettab : « la sédentarité c’est le fait de passer une grande partie de la journée assis ou allongé. Il y a des gens qui s’entraînent deux ou trois fois par semaine et pensent être sportifs et le reste de la semaine ils sont assis au bureau et ils ont un comportement sédentaire. […] la sédentarité c’est le quatrième risque de maladies chroniques. […] Tout au long de mon implication dans l’Aïkido, j’ai développé des exercices de fitness ou renforcement musculaire que j’ai adaptés à l’Aïkido. […] travailler la sangle abdominale pour protéger le dos, travailler les jambes, relâcher le haut du corps, où l’on stocke beaucoup de tensions et de stress. » |
L’un des avantages de l’Aïkido dans cette perspective, c’est qu’on peut le pratiquer à toutes les étapes de la vie. De la petite enfance, en passant par l’adolescence, l’âge adulte et même une fois sénior. Cet art martial n’est pas de ceux où l’on termine abimé·e avant l’heure.
S’il est enseigné et pratiqué en tenant compte du fonctionnement biomécanique du corps humain, l’Aïkido n’est pas blessant, même à long terme. C’est donc un pari intéressant à faire sur l’avenir.
Dans l’hypothèse où l’enfant concerné persévère jusqu’à l’âge adulte, les bénéfices ne feront que grandir avec le temps… et si jamais il·elle ne fait qu’un passage de quelques saisons au dojo : les apprentissages incorporés laisseront des traces bénéfiques jusqu’à l’âge adulte. Il n’est pas rare de voir des adultes qui ont pratiqué pendant l’enfance, reprendre la pratique avec une facilité déconcertante !
La pratique de l’Aïkido pour les enfants et les adolescent·es
Les précautions à prendre avec les enfants concernent essentiellement le développement de leurs articulations. Jusqu’à l’âge de seize ans, les immobilisations notamment doivent être abordées avec douceur.
Que ce soit dans le contexte du cours enfants ou d’un cours intergénérationnel, les enseignant·es veillent à ce que les enfants ne soient pas mis en situation de contrainte au niveau des coudes et des poignets. On les sollicitera aussi plutôt sur de l’endurance que sur de l’intensité, leur système musculaire étant plus adapté à ce type de pratique.
Au moment de l’adolescence, lorsqu’on observe le développement d’une musculature qui devient de plus en plus puissante, la pratique de l’Aïkido peut alors être un soutien précieux dans le développement du corps et de la posture.
Ressource : Pour aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez consulter l’article très complet publié par Didier Hatton sensei, 6e Dan Birankai, sur le site du Dojo Aïkikaï de Colmar. Il expose notamment les particularités physiologiques prises en compte par les enseignants dans la pratique de l’Aïkido chez les enfants et les adolescents. |
Chez les publics les plus jeunes, on pratique en priorité :
1) l’apprentissage des chutes avant et arrière en sécurité,
2) des mouvements dynamiques visant à soutenir la construction d’une bonne condition physique,
3) l’attitude sur et autour du tatami, le respect des lieux, des partenaires et de l’enseignant·e (sensei)
Pourquoi apprendre à chuter ?
L’apprentissage de la chute est un atout qui reste utile à tout moment de la vie… de l’enfance jusqu’à un âge très avancé.
Deux exemples vécus :
- Anne a appris à chuter avant l’adolescence et arrêté sa pratique martiale aux alentours de 16 ans (elle faisait du Judo, dont les chutes ont des points communs avec celles que nous pratiquons à l’Aïkido). À 50 ans, elle trébuche sur un rebord au centre ville de Strasbourg, et son corps réalise spontanément une chute avant. Elle en ressort à peine égratignée.
- Elodie a appris à chuter à l’âge de 30 ans en pratiquant l’Aïkido. Après deux ans de pratique, elle glisse sur une plaque de verglas en courant pour monter dans un tram. Elle fait une chute arrière et se relève, et s’en tire avec un simple bleu sur la cuisse.
Savoir chuter dès l’enfance est aussi une assurance de savoir mieux préserver son corps, avoir une meilleure conscience du danger et de comment s’en préserver.
Les bases essentielles de la chute d’Aïkido consistent à protéger sa propre tête, tout en désamorçant les risques pour le reste du corps (en engageant une rotation).
C’est le principe de la chute “polochon” ou “saucisson” (choisissez l’image qui vous parle le mieux, selon votre âge et vos références – sieste ou apéro ?).
Nous enseignons une forme qui consiste à tourner autour de l’axe de la colonne vertébrale. C’est volontairement très différent de ce qui est enseigné en gymnastique, où la roulade consiste à passer par-dessus sa propre tête, le long de la colonne vertébrale.
Tourner autour de la colonne est une particularité à laquelle nous sommes attachés, car elle met en sécurité la nuque des pratiquant·es de tous âges.
L’attitude des Aïkidoistes : développer la vigilance.
Parmi les compétences intéressantes à apprendre dès l’enfance, l’Aïkido développe une vigilance particulière à l’environnement.
Cela commence avec des éléments de « code » à respecter en début et fin de pratique. Quel que soit l’âge des enfants qui s’inscrivent à l’Aïkido, ils et elles apprennent à effectuer un salut envers les enseignant·es et envers leurs partenaires de pratique.
Le salut d’Aïkido a quelques particularités :
- Il signifie une marque de respect : en direction de la photo du fondateur, en direction de l’enseignant·e ou sensei, et bien sûr en direction des partenaires de pratique.
- Le salut ne doit pas être une « soumission » : il est exécuté en conservant l’attention et le regard vers le partenaire. On n’offre jamais sa nuque, même par respect.
- Il a pour rôle de focaliser l’attention. En prenant l’habitude de saluer chaque fois qu’on monte ou que l’on descend du tatami, on s’habitue aussi à effectuer des actions en conscience, avec présence.
Dans la pratique, les Aïkidoistes développent progressivement une attention globale à l’espace qui les entoure et qui leur permet notamment :
- de savoir en permanence où se trouve l’enseignant·e sur le tatami – et d’être vigilant·e à ses déplacements et propos.
- d’avoir conscience des mouvements des autres duos de pratiquant·es ( on est en général par groupes de deux, parfois par groupes de trois), notamment ceux qui sont les plus proches. Cette vigilance permet au groupe d’assurer efficacement la sécurité des uns et des autres.
- de reconnaître quand l’attention de l’enseignant·e se porte dans leur direction, même si aucun mot n’est prononcé.
La pédagogie des enseignant·es est adaptée en fonction de l’âge, de la personnalité et des parcours de chacun. Les cours enfants (à partir de 4 ans) mettent en place les prémices de ces compétences à travers :
- des jeux récurrents de début et fin de séance
- le fait de raconter des histoires inspirées de l’Aïkido et du Japon
- les changements de rythme : des moments très actifs et des temps de retour au calme, et la capacité de passer très vite de l’un à l’autre.
Les cours adultes et intergénérationnels s’appuient également sur une pédagogie ludique, mais apportent nettement plus d’éléments techniques et d’intensité dans la pratique.
Ils requièrent une capacité de concentration plus soutenue.