La promotion en Aikido, d’après T.K. Chiba Shihan

Traduction : « La promotion est liée au regard attentif et à la relation d’enseignant, d’après T.K. Chiba Shihan »

La promotion est un processus naturel dans l’étude de l’Aïkido, dans lequel la temporalité aussi bien que le contenu varient de manière individuelle. 

Chaque étudiant·e progresse de manière individuelle, et la façon dont on doit lui donner de la reconnaissance ne peut pas être généralisée. 

Néanmoins, nous ne pouvons pas nous permettre d’être complètement dépourvus de forme, mais nous devons avoir une ligne directrice générale : les exigences de passages de grades.

Les exigences de l’examen sont une question délicate. Elles sont fondamentalement mécaniques, et de la souplesse est nécessaire pour s’adapter à la diversité de la condition humaine et des réalités individuelles.

Pour cette raison, j’ai adopté des « lignes directrices » d’examen plutôt que des « exigences » pour la région Ouest de l’USAF. Ce système assure à la fois que la promotion ne soit pas une question de hasard, et préserve ma liberté d’accorder une reconnaissance à mes membres au-delà de ce qui est écrit.

La promotion en Aïkido peut être accordée selon deux procédures différentes : l’examen et la recommandation.

La règle la plus importante pour un enseignant qui conduit un examen est qu’il ne doit jamais comparer la performance et le contenu de l’examen d’un élève avec ceux d’un autre.

Chaque candidat doit être examiné sur la base de sa propre condition humaine et comme un individu à part entière, ce qui exige une compréhension fine entre enseignant et élève.

Sans avoir établi cela, l’examen d’Aïkido a de bonnes chances d’être faussé.

Le principe général et la colonne vertébrale de tout examen sont le degré d’évolution du corps — ce que j’appelle un « corps Aïkido » — c’est-à-dire le degré de développement de la conscience corporelle unique de l’individu.

Objectivement, un corps d’Aïkido se manifeste par le centrage, la connexion, l’intégrité, la conscience, la vivacité, le flow, l’acuité, la clarté, l’organisation et la spontanéité.

Il existe certainement des principes physiques et techniques importants en Aïkido qui font de cet art ce qu’il est, et ils ne doivent jamais être pris à la légère.

Cependant, tant que la conscience corporelle a été progressivement activée, les différences individuelles dans l’exécution des formes sont acceptables.

La chose importante à voir est la vivance du corps, et non les formes.

A chaque fois que le corps est vivant dans son esprit originel, les formes prennent vie elles aussi.

La promotion par recommandation n’est possible que lorsqu’il existe une relation enseignant-élève proche, qui est le cœur des disciplines martiales.

La progression individuelle doit et devrait varier, et ne doit jamais être traitée mécaniquement.

C’est toujours une expérience révélatrice de voir un élève accomplir une percée majeure — un saut vers une dimension supérieure de la conscience physique — sur une courte période de temps.

Il est de la responsabilité, ou plutôt, c’est une capacité requise chez l’enseignant, d’être capable d’observer cette percée lorsqu’elle se produit et de lui accorder une reconnaissance rapidement.

Lorsqu’un élève ne reçoit pas de reconnaissance pour ses progrès, que ce soit par négligence de l’enseignant, ou pour toute autre raison, le progrès en question peut s’estomper ou s’endormir.

L’absence de reconnaissance de la part d’un enseignant est une erreur tout aussi grande que l’octroi d’une promotion prématurée. Lorsque le fruit est cueilli avant d’être mûr, il a le même goût amer que le fruit qui reste sur l’arbre longtemps après avoir mûri.

L’attention du regard de l’enseignant est essentielle à l’avancement progressif de ses élèves. 

Un autre élément qui doit être pris en considération lors d’une promotion par recommandation est ce que j’appelle le « grand » Aïkido et le « petit » Aïkido.

Le grand Aïkido est la manière dont une personne mène sa vie au-delà de l’entraînement d’Aïkido au dojo.

Le petit Aïkido est l’Aïkido pratiqué à l’intérieur du dojo. Je connais de nombreuses personnes dont l’apprentissage à l’intérieur du dojo a été relativement lent, mais que je considère comme des Aikidoistes exemplaires à cause de leur manière de vivre en accord avec les principes de l’Aïkido, et donc des candidats appropriés à la promotion. 

Ce que je recherche, et la manière dont j’évalue lors d’une promotion, que ce soit par examen ou par recommandation, est de savoir si l’Aïkido d’un élève porte quelque chose de substantiel, ou s’il est superficiel.

À l’inverse, aussi maladroit ou incompétent qu’un·e élève puisse paraître, il ou elle peut malgré tout porter dans son corps quelque chose de véritablement substantiel.

L’Aïkido d’un élève est substantiel, indépendamment de son degré d’avancement technique, lorsque cet élève entre en contact avec son véritable soi et arrive à accepter son visage originel, dépourvu de décoration artificielle ou de jugement.

L’Aïkido d’un élève est superficiel lorsque cet élève essaie d’être quelqu’un d’autre que ce qu’il ou elle est réellement. Cette personne n’a pas encore expérimenté son visage originel à travers l’entraînement.

Plus largement, les valeurs de cette personne dans la vie sont basées sur une accumulation de valeurs copiées chez d’autres.

Il est certes important de copier son enseignant dans l’apprentissage de l’art. Mais demeurer une copie est une autre histoire.

Avoir un enseignant et copier celui ou celle-ci est la voie correcte pour la plupart des gens, et c’est effectivement le cœur de la discipline martiale.

Mais le travail de l’enseignant est d’amorcer le mouvement — de préparer l’élève à abandonner l’imitation et la superficialité, afin qu’il ou elle puisse entrer en contact avec son véritable soi et accepter son visage originel.

Cette conscience corporelle originelle, éveillée par l’entraînement, est en réalité le fondement même de la vie humaine.

Elle est martiale — comme l’est tout être vivant sur la Terre dès son premier instant d’existence — et en même temps elle va au-delà du martial pour englober la tête, c’est-à-dire l’esprit, l’âme, la raison et l’intellect.