L’Aïkido pour entrer dans le mouvement (et sortir des écrans)

Nous sommes encore nombreux·ses à avoir connu les cassettes audio et les cabines téléphoniques, puis l’explosion des technologies modernes. Et même ces générations, qui ont introduit le téléphone portable tardivement dans leur quotidien, ont besoin de « déconnecter » de leurs écrans, qui consomment une énergie mentale spectaculaire.

Mais pour celles et ceux qui ont appris à parler avec un smartphone en main, l’engagement dans une activité physique « hors ligne » est encore plus crucial que pour les générations précédentes.

L’Aïkido est un espace de « calme numérique », rendu possible par la simple absence de notifications… ne serait-ce que quelques heures dans la semaine.

Voici 3 raisons pour lesquelles l’Aïkido aide réellement à décrocher des écrans :

Raison #1 : On s’implique dans la version IRL (« vraie vie ») des réseaux sociaux.

Les liens tissés à l’Aïkido démarrent avec la rencontre martiale, mais débouchent sur de nombreux moments partagés en dehors de la pratique : temps d’échanges avant ou après les cours, repas participatifs organisés au dojo… Et le plus engageant des temps sociaux « hors ligne » : décider de participer à un stage.

Que ce soit en Alsace, aux quatre coins de la France, en Pologne, Allemagne, Suisse, Grande Bretagne, Grèce, etc. :  chaque année, notre dojo propose plusieurs opportunités de déplacement en groupe. 

Les stages d’Aïkido impliquent bien entendu des temps de pratique de notre art martial (en général 5 ou 6 heures par jour, avec des pauses et une gestion appropriée de l’énergie des participant·es), mais aussi l’organisation des repas collectifs, le nettoyage et entretien des lieux qui nous accueillent pour un week-end ou plus… Et surtout la rencontre des pratiquant·es des autres dojos représentés.  C’est une belle aventure qui créée des connexions durables, puisque nous allons régulièrement dans les mêmes dojos. 

Raison #2 : On retrouve (et on apprécie) la connexion à son propre corps.

L’Aïkido offre énormément d’opportunités de se (re)connecter à des sensations corporelles satisfaisantes.

Quelques exemples…   

  • glisser les pieds sur le tatami, cramponner les orteils, mobiliser les chevilles… 
  • rouler (chutes avant et arrière) et apprécier les effets de la gravité sur le corps humain, mais aussi les effets de l’énergie cinétique grâce à laquelle on se relève « comme par magie » en ayant fourni très peu d’effort musculaire.  
  • se déplacer à partir du centre de gravité du corps, redresser sa posture et prendre conscience de sa propre verticalité : ce sont des impressions corporelles qui amènent de la confiance en soi et du bien-être, jusque dans le quotidien.
  • se sentir connecté à un autre être humain à travers la saisie : on travaille par exemple des saisies de l’avant-bras, qui permettent d’expérimenter la connexion à l’autre. Cette connexion est une stratégie martiale de prise d’informations, mais pour autant elle s’appuie sur quelque chose de très humain : le lien. 
  • prendre soin de son propre dos à travers la rotation au sol, qui peut s’apparenter à une « auto-correction » des tensions musculaires, surtout pendant les échauffements.  
  • etc… 

Raison #3 : On apprend à traverser nos émotions… et à les rendre UTILES. 

Là où les écrans peuvent être des « doudous » qui anesthésient les émotions les moins agréables du quotidien, l’Aïkido offre une réelle alternative.

On va ressentir parfois de la joie, de la peur, de la colère, de la tristesse pourquoi pas… (chacun·e expérimente son chemin différemment). Et surtout, on va permettre à ces émotions de circuler librement, grâce au mouvement corporel notamment.

Mieux : on apprend à se servir des émotions pour agir, plutôt que de les enfouir dans les profondeurs d’une plateforme de streaming. 

Dans son essai rédigé à l’occasion du passage de grade Nidan, Elodie Honegger parlait ainsi de l’émotion de colère : 

« L’émotion de colère n’est pas une émotion agréable, mais elle peut s’avérer très utile. Notamment pour une personne au tempérament plutôt « doux », qui n’est pas spontanément poussée à chercher les aspects les plus martiaux de la pratique. Grâce à cette émotion, il est possible de sortir d’un conditionnement social, qui apprend à certain·es d’entre nous à se montrer conciliant·es, prévenant·es, empathiques. Si ces qualités facilitent le travail de connexion « centre à centre » , elles créent aussi un déséquilibre du côté de l’un des piliers du Birankai : l’ouverture. A force de chercher la connexion à tout prix, on s’expose. On est ouvert·e et en danger. Or il est possible de s’appuyer ponctuellement sur une émotion de colère pour apprivoiser des qualités plus martiales : détermination, puissance, résilience, intransigeance, sang-froid. [...] Et si « La voie de l'harmonie des énergies », c'était aussi La voie de l'équilibre des émotions...et des énergies qu'elles apportent ? »

A ce propos, une ressource fort intéressante est le travail pédagogique réalisé par Aurélie Verdon, praticienne en médecine traditionnelle chinoise. Elle rend compréhensibles les messages des émotions et la manière dont celles-ci nous invitent à agir, plutôt qu’à mettre dessus ce que l’on pourrait appeler un « couvercle de cocote minute ». 

Vous pouvez consulter son Patreon (avec de nombreuses ressources gratuites sur les émotions et la Médecine Traditionnelle Chinoise), ou la découvrir ci-dessous à travers une discussion menée avec Elodie Honegger en 2025, à propos des arts martiaux et des mouvements proposés par ces 5 émotions de base : tristesse, colère, joie, peur et réflexion

Être en mesure de proposer des activités qui détrônent le téléphone portable n’est pas juste un enjeu de santé physique, c’est aussi un enjeu de santé mentale et de sécurité émotionnelle, à une époque où les téléphones sont aussi des opportunités de prolonger des situations de harcèlement scolaire.